Dans « Pandorini », une jeune comédienne est violée par une star de cinéma. Une transposition de ce qu’aurait vécu Florence Porcel avec Patrick Poivre d’Arvor.

Peut-on reconnaître Patrick Poivre d’Arvor sous les traits de Jean-Yves Pandorini, le personnage du livre de Florence Porcel, présenté comme un Weinstein français ? La journaliste et écrivaine qui accuse de viols l’ancien présentateur du JT de 20h a publié, début janvier, son premier roman : « Pandorini » (La Grenade/JC Lattès). Un roman à clés dont elle ne cache pas qu’il raconte son histoire, celle d’une jeune femme vierge abusée et violée par une star.

Dans le livre, la star en question n’est pas une icône du petit écran, mais du grand. Pandorini est « un monstre sacré du cinéma français ». La narratrice, elle, a dix-neuf ans et découvre la vie après des années enfermée dans un corset. Elle rêve de devenir comédienne, prend des cours dans une école de théâtre et se retrouve figurante dans un film avec Pandorini. Elle en profite pour déposer une bande démo sur le bureau de l’acteur en espérant ainsi qu’il remarque son talent.

Quelques jours après, la star la rappelle et félicite l’aspirante actrice pour son audace, l’enveloppe de « sa voix épaisse comme une couverture en pilou ». La conversation prend rapidement un tour très sexuel. Ce qui trouble grandement la jeune femme inexpérimentée. Elle accepte malgré tout le rendez-vous que lui donne le charismatique Pandorini pour des essais, espérant que cela fera décoller sa carrière. Une fois dans le bureau, elle se sent piégée. Pandorini fond sur elle, sans qu’elle y consente :

« C’était une danse que je ne connaissais pas, mais la musique était lancée et je n’avais plus le choix. Je n’avais plus. Le. Choix. »

Florence Porcel décrit la sidération et même la dissociation de sa narratrice pendant cet acte sexuel :

« C’était un peu le même sentiment qu’avant de rentrer dans le bloc opératoire : aucune envie d’y aller sachant que je ressortirais dans un sale état, que je ne serais plus jamais la même, que ça allait faire mal, mais que c’était un passage obligé. »

Elle souffre, demande à Pandorini d’arrêter. En vain.

D’abord dans le déni, la jeune femme, aveuglée par l’aura de l’acteur, essaie de se persuader qu’elle vit en fait sa première histoire d’amour. Il lui faudra des années pour comprendre que ce que lui a fait subir Pandorini est un viol. C’est à peu près la transposition exacte de ce dont Florence Porcel accuse aujourd’hui PPDA. En 2004, jeune apprentie journaliste souhaitant devenir écrivaine, elle demande conseil à Poivre d’Arvor. Celui-ci l’invite à assister à un de ses JT à la suite duquel il l’aurait violée. Florence Porcel accuse aussi le présentateur du 20h de l’avoir violée une seconde fois, cinq ans plus tard.

Marionnette aux Guignols

Dans le roman, peu d’indices laissent deviner que Pandorini est un avatar de PPDA. La maison d’édition assure d’ailleurs ne pas avoir su qu’il s’agissait de Poivre d’Arvor avant que Florence Porcel ne décide de porter plainte. Point commun le plus frappant entre Pandorini et PPDA : l’acteur a sa marionnette aux Guignols de l’Info, marionnette dont le « gimmick » « Pardonnez-moi de vous dire bonsoir » rappelle évidemment le fameux « A tchao bonsoir » du PPD de latex.

D’autres détails font allusion à la biographie du journaliste. Ainsi le père de Pandorini est cordonnier quand celui de PPDA était représentant en chaussures. Petit, Pandorini était harcelé par les autres enfants, là encore, comme PPDA. Enfin, Pandorini a vécu un drame intime – le meurtre de sa mère par son père – qui le conduit à s’engager contre les violences conjugales. On pense bien sûr à la mort de Solenn, la fille de PPDA, tragédie qui fut à l’origine des Maisons de Solenn accueillant des adolescents en détresse.

Contrairement au « Consentement » de Vanessa Springora ou à « la Familia Grande » de Camille Kouchner, le livre de Florence Porcel se présente comme une fiction et non un récit, et l’écriture est souvent naïve et maladroite. Le roman s’ouvre sur l’annonce de la mort de Pandorini. Après son décès, les langues se délient. Au récit de la relation entre la narratrice et l’acteur se mêlent des articles de presse sur le comédien. D’abord des hommages élogieux, puis des accusations de plus en plus nombreuses venant d’une productrice et d’actrices qui évoquent les viols et les humiliations infligés par celui qui était jusqu’alors présenté comme un séducteur.

Tout le monde savait, mais personne ne parlait. Depuis la plainte de Florence Porcel, des voix commencent à se faire entendre sur le comportement de PPDA du temps où il régnait sur TF1. Là aussi, semble-t-il, tout le monde savait. Patrick Poivre d’Arvor est désormais visé par une enquête préliminaire pour « viols », confiée à la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) de la PJ parisienne.

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